Le quartier de la Croix-Rousse

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A l’instar du quartier du Vieux-Lyon, le quartier de la Croix-Rousse est indiscutablement un lieu incontournable pour tout visiteur digne de ce nom. Si vous êtes de passage par Lyon, vous ne pouvez pas manquer de vous y arrêter.

Situé sur la colline de la Croix-Rousse surnommée par les Lyonnais « la colline qui travaille » (par opposition à la colline de Fourvière dite « la colline qui prie »), ce quartier pittoresque de Lyon regorge de vestiges antiques, de trésors architecturaux, de curiosités et d’anecdotes historiques.

Le célèbre archéologue Amable Audin avait l’habitude de soutenir qu’il existait jadis un petit village gaulois au pied de la colline de la Croix Rousse antérieur à la fondation de Lugdunum par les Romains. Si cette hypothèse n’a jamais pu être réellement prouvée, il est toutefois certain que les Romains et par extension, la population gallo-romaine de la ville, avaient bel et bien élu domicile sur cette colline qui surplombe la Saône et offre une splendide vue sur l’agglomération jusqu’à la chaîne des Alpes. Des fouilles archéologiques ont en effet révélé des trésors antiques cachés. Parmi eux, la fameuse via romana, la voie romaine, inscrite dans le parcours de la voie du Rhin et reliant la Gaule à la Germanie, mais aussi des vestiges d’ateliers d’artisans, des mosaïques, des traces d’habitat, des objets romains et les fameuses Tables claudiennes, plaques de bronze laissant apparaître un discours de l’empereur Claude tenu au Sénat romain en l’an 48. Ceci dit, les vestiges les plus impressionnants sont incontestablement ceux du Sanctuaire fédéral des Trois Gaules* érigé en l’an 12 avant J-C. et composé de l’autel des Trois Gaules* dédié au culte de Rome et à l’empereur Auguste et de l’amphithéâtre des Trois Gaules*, plus vieil amphithéâtre de France, construit en l’an 19 après J-C.

Tout en haut de la colline, se tiennent les vestiges du rempart Saint Sébastien*, construit en 1512 sur ordre du roi Louis XII pour défendre Lyon des invasions, qui partageait la colline en deux zones : les pentes, intégrées à la ville de Lyon et le plateau constituant une bourgade indépendante. Sur le plateau, il est encore possible de voir une croix massive* en pierre de Couzon dorée tirant vers la couleur ocre. Elle sera vite surnommée par les habitants la « croix rousse » et donnera son nom au bourg nouvellement créé. En 1793, Lyon est assiégée suite à l’insurrection de la ville contre la Convention nationale. La muraille Saint Sébastien est détruite. Elle sera reconstruite en 1834 sur le schéma de l’ancien tracé et agrémentée de six bastions.

En 1852, le plateau de la Croix-Rousse est définitivement annexé à la ville de Lyon. De grands travaux sont entrepris : mise en place d’un réseau d’eau potable, installation d’un hôpital et construction du fameux funiculaire surnommé « la ficelle »* par les Lyonnais, reliant le centre de la ville au sommet de la colline. En 1865, l’empereur Napoléon III décide d’abattre l’imposant rempart de la Croix-Rousse pour faciliter l’intégration du bourg au reste de la ville (deux vestiges tout à fait remarquables de cette muraille sont encore présents : le bastion Saint-Laurent* et le Fort Saint-Jean* visible depuis les quais de Saône).

A cette période, la colline devient une véritable fourmilière industrielle avec les Canuts, célèbres artisans lyonnais de la soie qui affluent dans la ville par milliers. On construit à tour de bras pour accueillir ces travailleurs et leurs familles. De grandes bâtisses typiquement « canuts » tapissent peu à peu la colline. Elles sont reconnaissables à leurs immenses fenêtres conçues pour laisser passer le maximum de lumière dans les appartements-ateliers, indispensable à la confection de la soie. Les appartements se distinguent également par leurs plafonds très élevés (plus de 4 mètres) nécessaires à l’installation des fameux métiers à tisser Jacquard. Connus pour leurs mains d’orfèvres capables de confectionner les plus belles soieries du monde, les Canuts forgent l’identité moderne de Lyon et font de la ville, la première ville ouvrière de France.

Toutefois, si leur savoir-faire a marqué à jamais l’histoire de la ville, c’est leur colère qui a marqué l’histoire de France. La colère de l’ouvrier qui se bat pour améliorer ses conditions de vie. La colère du prolétaire qui lutte contre son exploitation par la bourgeoisie. La colère de l’homme qui se révolte contre l’injustice sociale. Pas moins de quatre révoltes sanglantes de Canuts prêts à mourir pour défendre leur dignité ont ainsi pris place sur la colline de la Croix-Rousse. Tout à fait inédites à cette époque, les révoltes de ces travailleurs au grand cœur, précurseurs de la lutte ouvrière et dont le courage et la détermination forçaient l’admiration et le respect dans un monde verrouillé par le déterminisme social, inspireront les grands mouvements de pensée sociale du XIXème siècle (Karl Marx, Proudhon, Saint-Simon, Fourier).

Aujourd’hui, l’héritage des Canuts, affectueusement surnommés les Voraces, est colossal. Il est très fortement ancré dans le patrimoine identitaire des Croix-roussiens réputés pour leur libre-pensée, leur esprit de tolérance et leur désir de justice. Ceci explique peut-être pourquoi le premier conseil de Prud’hommes de France a vu le jour à la Croix-rousse, pourquoi une quantité d’innovations sociales ont émergé sur cette colline (première boutique coopérative de France, réseaux d’imprimerie parallèle, restaurants autogérés, collectifs militants en tout genre…), pourquoi la vie culturelle est si riche et pourquoi la Croix-rousse est devenue le fief de l’art contemporain…

Que ce soit pour arpenter ses pentes reconnaissables par ses montées célèbres (la Montée des Carmélites*, la Montée de la Grande-Côte*) et ses traboules utiles au transport de la soie, ou bien pour découvrir le plateau, véritable petit village insulaire à l’âme authentique, caractérisé par ses bistrots typiques, son terrain de boule, son grand marché quotidien, sa grande braderie de septembre, sa fameuse vogue des marrons et son crieur de rue, le quartier de la Croix-Rousse vaut résolument le détour.

Au-delà des vestiges antiques*, vous pourrez admirer le somptueux jardin Rosa Mir*, les maisons des Canuts dont la fameuse maison Brunet*, la célèbre Cour des Voraces*, le passage Thiaffait*, le Clos Jouve* ou bien encore le Gros Caillou*. Vous aurez également le privilège de visiter de nombreuses églises comme l’intrigante Eglise du Bon Pasteur* (qui n’a pas d’entrée !) ou l’Eglise Saint-Bruno et son baldaquin*, véritable chef d’œuvre baroque. Vous apprendrez que sous vos pieds se tiennent des galeries sous-terraines, les fameuses arrêtes de poisson du réseau des Fantasques*, qui ont alimenté les affabulations les plus saugrenues et donné naissance à des mythes urbains croustillants. Vous pourrez enfin vous attabler à un des nombreux cafés-théâtres pour y applaudir artistes en herbe, découvrir les nombreuses boutiques de créateurs et aller à la rencontre d’œuvres et d’artistes contemporains à la Villa Gilet*, le long de la Rue Burdeau et au sein des anciennes Subsistances* de Lyon.

Qui sait, dans ce quartier qui compte parmi ses habitants célèbres l’Abbé Pierre, Sully Prudomme ou encore Clovis Cornillac, Florence Foresti, André Manoukian, Jean-Michel Jarre, Sylvie Testud et bien d’autres, peut-être que vous ressentirez, vous aussi, le plaisir d’être lyonnais…

  • Les monuments marqués d’un astérisque font l’objet de descriptions plus détaillées dans la rubrique « monuments insolites ».

 

Grande Rue de la Croix-Rousse et ses environs,

69004 Lyon

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